Mireille Ranise est née en 1958 à Langon. Elle vit actuellement en Corse où elle a enseigné l’économie et le droit. Diplômée en Sciences humaines, captivée par l’histoire, curieuse des gens, elle écrit par passion.

L'interview

Bonjour Mireille Ranise. Vous publiez aux Éditions Spinelle un roman intitulé Mémoire de femmes. Parlez-nous de cet ouvrage.

Il s'agit d'une saga familiale qui, sur un siècle, retrace l'évolution de la société française et de la condition féminine. Mémoire de femmes comprend 5 tomes. Chacun raconte le destin de la fille de l'héroïne précédente et se déroule sur une période de 20 ans. 5 tomes, 5 époques, 5 femmes, 5 destins !

Le tome 1, Eugénie et le tome 2, Léontine, déjà parus, couvrent les années de 1910 à 1950.

La première, Eugénie, est une jeune couturière emportée dans la tourmente de son époque. Non seulement, la première guerre, mais également les balbutiements des évolutions technologiques qui transformeront peu à peu notre société : le passage de la bougie à l'électricité, du cheval à l'automobile, d'une économie agraire à une économie industrielle.

Léontine, sa fille, affrontera, quant à elle, de multiples épreuves dans le tome 2. L'exil forcé suite à un terrible drame, puis, dès son retour en France, la confrontation avec la deuxième guerre mondiale et la résistance.

Mais le roman historique, même s'il est extrêmement bien documenté, n'exclut pas la romance. L'amour est bien présent. Entre drames et passions, traditions et chroniques villageoises, les deux héroïnes, entourées de personnages secondaires aussi attachants que sincères, aimeront et seront aimées.

Pourquoi écrivez-vous ?

Parce que j'aime ça, je pense. J'ai toujours aimé écrire. Il me parait plus facile d'écrire que de s'exprimer à l'oral, du moins pour les choses intimes ou personnelles, qu'elles me concernent ou non. 

Peut-être aussi pour laisser une trace, vu que je n'ai pas d'enfants. En fait, je ne sais pas. J'écris, c'est tout.

Êtes-vous féministe ?

Absolument pas ! Toutefois, je suis intéressée et concernée  par la condition féminine. Je pense que des droits sont encore à conquérir notamment dans le domaine professionnel, mais je ne suis pas une militante. Je pense que le militantisme, quelle que soit la cause qu'il défend, dessert cette cause. Je préfère la modération. Les arguments répétés encore et encore plutôt que les coups de poings sur la table.

Dans mon livre, je propose plusieurs pistes de réflexion, sans être militante ou moralisatrice. Mes héroïnes ne se révoltent pas, elles essaient de faire au mieux dans l'époque dans laquelle elles vivent. 

 

Pouvez-vous nous citer quelques unes de ces pistes ?

Eh bien, par exemple, même si on sait que les filles ont accès à l'éducation depuis le 18° siècle, je montre les différences qui existent dans l'enseignement professionnel entre les filles qui apprennent la couture et l'entretien de la maison, et les garçons qui reçoivent un enseignement plus technologique ou agricole. Pourtant, les matières générales sont communes.

On rencontre aussi les prémices du concours Miss France, avec "l'élection de la plus belle française". À l'époque, personne ne parlait de femme-objet. Pour tous, ce concours promouvait la beauté du charme français à l'étranger. De même que Jean-Gabriel Domergue, inventeur de la pin-up, il a eu beaucoup de succès de son vivant. Aujourd'hui, il serait sûrement voué aux gémonies pour véhiculer une telle image de la femme.

Je parle également d'Hubertine Auclert qui, toute sa vie, a lutté pour l'égalité des sexes. Elle réclamait le droit de vote, dénonçait le travail domestique gratuit, demandait la féminisation de certains termes uniquement masculins. Hubertine est morte en 1914. Vous voyez que certains combats actuels sont plus anciens que ce que l'on croit.

Que pensez-vous du mouvement Me too ?

Le but du mouvement était de montrer qu'il y a davantage de viols et d'agressions sexuelles que ce que l'on pense, en libérant la parole des femmes. Le but a été atteint et ça c'est très positif, mais, il me semble, qu'il est devenu un peu trop extrémiste, et qu'il est clivant. Il oppose les générations et les sexes.  Je pense que l'on ne fera rien contre les hommes, mais avec eux. C'est une cause collective. Or, ce mouvement désigne l'homme comme un ennemi. Le mouvement a contribué à une prise de conscience, a encouragé la formation pour recueillir  les plaintes des femmes, mais il y a encore trop de faits divers qui montrent le chemin qui reste à parcourir. Encore une fois, c'est ensemble qu'il faut agir, pas les uns contre les autres. Comme souvent, ce qui est bien au départ, est finalement perverti. Me too est devenu un moyen de vengeance, voire de déstabilisation, d'attaque. Cette dérive décrédibilise le mouvement et le dessert. C'est dommage, car la force d'internet et des réseaux sociaux est phénoménale. On pourrait réussir de grandes choses tous ensemble si on arrivait à s'entendre. Il y a tant de combats à mener.

Lesquels par exemple ?

La lutte contre l'excision, par exemple, contre les mariages forcés ou bien le soutien aux femmes iraniennes qui se soulèvent contre leurs oppresseurs. Quel courage !

Qu'avez-vous voulu transmettre à travers ce livre ?

C'est un modeste témoignage. J'ai voulu, pour chaque période, présenter une photographie de la société et de la condition féminine, afin de montrer l'évolution sur un siècle. 

Certaines valeurs qui étaient tellement présentes au début du 20ème siècle, comme le patriotisme, par exemple, qui sont moins prégnantes dans le monde d'aujourd'hui. 

Certains préjugés qui ont évolué au fil du temps : on ne parle plus de fille-mère, mais de mère célibataires, puis de familles monoparentales, l'homosexualité n'est plus une maladie mentale depuis 1990. La société a accepté le mariage pour tous.

Et puis, pendant mes séances de dédicaces, lorsque je bavarde avec mes lectrices, nous tombons toujours d'accord sur notre devoir de rester vigilantes. Beaucoup de droits que l'on croyait définitifs sont remis en question aujourd'hui. Par exemple, le droit à l'avortement. Aux États-Unis, certains états ont annulé l’arrêt Roe vs Wade de 1973. Le 4ème tome s'étale sur la période entre 1970 et 1990. Elsa, mon héroïne, participe à la création du MLF, signe le manifeste des 343, assiste à la dépénalisation de l'avortement. Tout n'a pas été simple et on doit le répéter à la jeune génération.

Abordez-vous d'autres sujets que la condition féminine ?

Bien sûr ! La résistance, la collaboration, l'homosexualité, le mariage pour tous, le surendettement... beaucoup de sujets qui occupent notre société.

Où peut-on se procurer vos livres ?

On peut les trouver à Bastia à la librairie George Sand dans le centre commercial de Toga, ou bien chez Papi. Également, à la Fnac de Furiani ou d'Ajaccio. Ou bien, les commander directement chez l'éditeur, les Éditions Spinelle. Les frais de port sont offerts.

Quelle est votre actualité ?

Après la rencontre "un auteur, un café" à la librairie des songes de Sisco en septembre, je vais consacrer septembre et octobre aux dédicaces, tout d'abord au George Sand au centre commercial de Toga, puis chez Papi, à la Fnac de Furiani et à celle d'Ajaccio, à Sartène aussi, au restaurant le Palace chez Aurélien Tramoni. Ensuite, j'ai un calendrier à Marseille à partir de Novembre.

Comment peut-on connaitre les dates ?

En me suivant sur mon compte Facebook, ou bien en visitant mon site web https://wwwmireilleranise.fr et/ou en s'abonnant à ma lettre d'informations depuis le site. Le 15 de chaque mois, j'envoie des fiches-portraits des personnages, des anecdotes sur l'univers du roman. J'aime que le lien entre les lecteurs, les lectrices et moi ne soit pas rompu.

Propos recueillis par Christophe Fédérici de La Librairie des songes à Sisco (septembre 2023).

Présentez-vous : âge, passions, rêves :

J'ai 66 ans, j'ai plusieurs passions, comme la cuisine, recevoir mes amis, le cinéma et bien sûr la lecture. J'ai la chance d'avoir déjà réalisé pas mal de mes rêves : devenir enseignante, voir les chutes du Niagara, faire un mariage heureux. Curieusement, je ne rêvais pas de devenir écrivaine, je peux donc dire que je suis allée au delà de mes rêves. C'est merveilleux, non ?

Raison pour laquelle vous vous êtes lancée dans l'écriture ?

Lorsque j'étais adolescente je passais énormément de temps avec ma grand-mère qui vivait à la maison. Elle était née en 1895, a été veuve de guerre très jeune avec 2 enfants en bas âge. Puis, elle a refait sa vie, assez tardivement, et a eu ma maman. Elle a connu deux guerres. Ensemble, Nous écoutions les disques de son époque, elle me racontait sa façon de vivre, ses rêves et ses désillusions. J'étais fascinée par son parcours de vie. J'ai eu envie de faire revivre ceux que j'appelle les anonymes du début du siècle dernier. C'est ainsi qu'est né le roman Eugénie. Au fur et à mesure de l'écriture, je me disais que ce qui serait bien, c'est d'aller jusqu'à notre époque, pour montrer l'évolution de la société française et surtout de la condition féminine, sur un siècle. Et Eugénie est devenu le premier des cinq tomes de la saga familiale, Mémoire de femmes.

Si vous n'aviez pas écrit, qu'auriez-vous aimé faire ?

Je n'y ai jamais réfléchi. L'écriture ne comble pas un vide dans ma vie. Si je n'écrivais pas, je ferais exactement ce que je fais sans l'écriture.

Quel est le livre que vous auriez aimé écrire vous-même ?

Climats d'André Maurois. Je le lis régulièrement. J'aime l'ambiance du livre, les deux histoires d'amour tellement différentes, le style de l'auteur. Et aussi, Fortune de France de Robert Merle. C'est prodigieux ! 

Quel film vous a marquée à vie ?

Sans doute Midnight Express. J'avais 20 ans quand je l'ai vu. Il y a des scènes tellement bouleversantes, et puis il est servi par une musique exceptionnelle. Dans un autre genre, et pour d'autres raisons, il y a l'Exorciste. J'ai fait des cauchemars pendant très longtemps. Une horreur !

Avez-vous déjà eu envie d'arrêter d'écrire ? Si oui, pour quelle raison ?

J'écris depuis peu, en fait. Donc, non, je n'ai pas envie d'arrêter. Je pensais faire un seul livre avec Eugénie. Finalement j'en ai écrit cinq. Seuls les 3 premiers volumes sont sortis, mais j'ai écrit les 5 tomes car je ne voulais pas faire sortir le premier si je n'allais pas au bout du projet. Le 4ème vient d'être approuvé par le comité de lecture de l'éditeur. Actuellement, je suis sur un nouveau projet. 

Quand savez vous que vous pouvez écrire le mot fin ?

Lorsque l'histoire est terminée, que les personnages sont allés au bout de leur destinée.

 

Dans votre dernier livre, quel personnage pourrait se plaindre de la vie que vous lui avez inventée et à l'inverse, lequel pourrait vous remercier ?

Je pense que Sandra, l'héroïne, serait en droit de m'en vouloir. Elle a une personnalité assez sombre, elle est un peu dépressive, torturée. Mais en même temps, elle a un caractère fort, comme les femmes de sa famille. À l'inverse, son cousin Armand peut me remercier. Pourquoi ? Il faut lire le livre pour le savoir. Sandra, 3ème tome de Mémoire de femmes.

Comment choisissez-vous le lieu où se déroule l'histoire de vos romans ?

Cela dépend. La Provence, j'y ai longtemps vécu. Bordeaux, j'en suis originaire. Chicago, j'ai envie d'y aller. Rome, j'y suis allée. Voilà, il n'y a pas de règle.

Pensez-vous que les dialogues sont indispensables dans un roman ? Si non, pouvez-vous développer ?

En tant que lectrice, j'apprécie les dialogues. Alors, oui, j'en mets dans mes romans. Je les pense indispensables pour donner du rythme au récit, expliciter une ambiance, peaufiner un personnage et bien d'autres choses encore.

Êtes-vous satisfaite et sereine lorsque vous posez le mot FIN ? ou bien est-ce que vous tremblez de peur ?

J'éprouve la satisfaction du travail accompli. Mais, je ne suis pas sereine pour autant. Je suis même plutôt triste. Comme son nom l'indique, il s'agit de la fin d'une histoire, on se défait de quelque chose. J'ai l'impression de perdre une part de moi-même, et c'est sans doute vrai, parce que je quitte des personnages qui ont occupé mon esprit et à qui j'ai consacré beaucoup de mon temps pendant des mois. Après, je vais mieux quand je me rends compte que finalement, ils sont toujours dans ma vie.

Comment écrivez-vous une dédicace ? personnelle ? basique avec un petit dessin ?

En général, je discute beaucoup avec les gens que je rencontre lors des séances de dédicaces. J'ai quelques phrases en réserve, je choisis celle qui convient le mieux au moment que nous venons de passer ensemble et je la personnalise. Pas de dessin, je ne sais pas dessiner.

 

Propos recueillis par Nadine Doyelle pour Ces si belles lectures (Mars 2024)

Corse Matin

Septembre 2023

Le portrait chinois

Mireille Ranise, si vous étiez :

Une fleur : une pivoine, c'était la fleur préférée de ma maman.

Un animal : une hirondelle, pour le retour du printemps, de l'espoir, du beau temps après la pluie.

Une odeur : Celle de l'immortelle dans le maquis corse.

Un plat : Le fiadone confectionné par mon mari

Un objet : Un livre, évidement 

Un pays : La France, pays de cocagne.

Un livre : Climats d'André Maurois. J'en aime l'écriture, les deux histoires d'amour, l'ambiance.

Un film : Midnight express. Pour l'histoire et aussi pour la musique.

Votre devise : Lire, écrire, aimer, chaque jour.

 

 

 

 

Interview de Fabien Dedieu pour Card Ebook : 
https://youtu.be/78Nho3sEIC8?si=YIosAbsu2gTKupOJ

Mai 2024

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